dimanche, 28 janvier 2018

Les tribulations d'un handicapé à Bruxelles

Partout, à Bruxelles, se dressent désormais des cages en verre, indiquant la présence d'un ascenseur conçu pour emmener les moins valides vers le métro. La moitié du temps, ils sont en panne. Mais quand ils fonctionnent, ils restent pour grand nombre d'incapacitaires totalement non joignables, comme une île salvatrice entourée de requins, ces derniers étant à Bruxelles les mille et une facéties des trottoirs: dalles en déséquilibre qui, lorsque vous marchez dessus après une pluie, vous balancent un geyser d'eau sale sur vos pantalons ou bas - trous non réparés - pavés non remplacés - différences de niveau et de matière tous les 2-3 mètres - trottoirs inclinés avec jusqu'à 10° de dénivelé entre bord de maison et bord de route - bords de trottoirs parfois aménagés pour les chaiserouleurs ou chaiseroulés, mais dans 9 cas sur 10, il faut faire face à un bord de 15 à 30 cm de haut. Pour ma part, avec un oeil en moins et l'autre plutôt hésitant (merci aux ordinateurs qui agrandissent), je ne sors quasiment plus qu'au bras de ma femme, qui me prévient à chaque champ de mine. De retour chez moi, aux nouvelles télévisées, on voit le Roi, des grossiums, des ducs et des politiques larmoyer en présence d'un handicapé, avec moult gros plans sur l'extase de ce dernier face aux giclettes de bonté que lui balancent toutes ces bonnes âmes bienveillantes. La Belgique est un pays où on parle beaucoup des handicapés et de ceux qui veulent bien se pencher sur eux, mais dans la pratique, l'argent est dilapidé et les recalés du festin restent chez eux. Jamais je n'ai vu une ville avec si peu de personnes handicapées dans les rues que Bruxelles. Je réitère ma suggestion à ceux qui nous saupoudrent de propos lénifiants: Mettez-vous dans une chaise roulante et essayez de faire le trajet (pourtant plat) entre Gare du Nord et Gare du Midi. Vous verrez, c'est édifiant. Le train partira sans vous.

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